La forme du crâne joue un rôle important dans la silhouette générale de la tête. En dehors de la mâchoire et du milieu du visage, elle dépend principalement du neurocrâne : le frontal à l’avant, les pariétaux sur le dessus et les côtés, les temporaux latéralement et l’occipital à l’arrière.
Il ne suffit pas de parler d’un crâne « gros », « petit », « large » ou « long ». Deux personnes peuvent avoir un volume crânien comparable et présenter des formes très différentes. Il faut principalement regarder sa largeur de face, sa longueur d’avant en arrière, sa hauteur, la forme du front et la manière dont le volume est réparti entre l’avant et l’arrière.
Pour effectuer des mesures cohérentes, la tête doit rester dans une position neutre. De profil, le plan de Francfort constitue un bon repère : la ligne approximative allant du haut du conduit auditif au bord inférieur de l’orbite doit être horizontale. Pour les photographies, il vaut mieux s’éloigner de l’appareil et utiliser un léger zoom plutôt que photographier le visage de près avec un grand-angle.
1. Les proportions générales du crâne
a. Largeur et longueur
La première mesure permet de savoir si le crâne est plutôt long et étroit ou court et large. Il s’agit de l’indice céphalique.
La longueur maximale du crâne se mesure de la glabelle à l’opisthocranion. La glabelle correspond au point central situé entre les sourcils, légèrement au-dessus de la racine du nez. L’opisthocranion correspond au point de l’arrière du crâne qui dépasse le plus. Il faut mesurer la distance en ligne droite entre ces deux points et non suivre la courbure du cuir chevelu. La mesure anthropométrique classique se fait avec un compas d’épaisseur.
La largeur maximale se mesure entre les deux euryons. Il ne s’agit pas de points fixes facilement visibles : les euryons correspondent simplement aux points les plus latéraux de chaque côté de la boîte crânienne. Ils se situent généralement dans la région pariétale, au-dessus des oreilles. En pratique, on déplace légèrement le compas autour de cette zone jusqu’à trouver la largeur maximale.
L’indice céphalique se calcule ainsi :
largeur maximale ÷ longueur maximale × 100
Un crâne avec une largeur de 153 mm et une longueur de 197 mm possède par exemple un indice de 77,7.
Traditionnellement, un indice inférieur à environ 75 correspond à une forme dolichocéphale, donc longue et étroite. Entre environ 75 et 80, le crâne est mésocéphale. Au-dessus de 80, il devient brachycéphale, donc relativement court et large.
Pour l’esthétique masculine, la zone 75 à 80 constitue un bon repère général si l’on recherche une forme intermédiaire ou légèrement allongée. Autour de 77 à 79, le crâne possède généralement une profondeur importante sans devenir particulièrement étroit.
Cet indice ne doit cependant pas être interprété seul. Il ne dit pas où se trouve la longueur du crâne. Une tête longue avec un important occiput n’a pas la même forme qu’une tête de même longueur possédant davantage de profondeur à l’avant.
b. Hauteur du neurocrâne
La hauteur doit être mesurée indépendamment de la largeur et de la longueur.
Une mesure relativement simple est la distance tragion-vertex. Le tragion se trouve à l’avant de l’ouverture de l’oreille, au niveau du petit relief cartilagineux du tragus. Le vertex est le point le plus haut de la tête lorsque celle-ci est tenue droite.
Il ne faut pas poser un mètre sur la courbure de la tête. On mesure la hauteur verticale entre le niveau du tragion et le sommet du crâne.
Le ratio peut être calculé ainsi :
hauteur tragion-vertex ÷ largeur maximale du crâne
Chez l’homme adulte, un ratio autour de 0,80 à 0,86 constitue un ordre de grandeur courant, avec environ 0,83 comme valeur centrale.
Un ratio sensiblement supérieur donne un neurocrâne relativement haut et étroit. Un ratio plus faible donne une silhouette plus basse et large.
Cette mesure ne doit pas être confondue avec la hauteur du front. Une implantation capillaire haute peut produire un grand front sans que la boîte crânienne soit particulièrement haute.
2. Le crâne vu de face
a. Largeur du crâne par rapport au visage
De face, la première caractéristique à regarder est la largeur du neurocrâne par rapport au visage.
On utilise pour cela la largeur euryon-euryon décrite précédemment. Elle est comparée à la largeur bizygomatique, c’est-à-dire la distance entre les deux points les plus latéraux des pommettes.
Pour mesurer cette dernière, il faut chercher avec les doigts l’endroit où chaque arcade zygomatique ressort le plus, puis mesurer en ligne droite d’un côté à l’autre.
Le ratio est :
largeur du crâne ÷ largeur bizygomatique
Dans de grands échantillons anthropométriques masculins, la largeur du crâne est généralement légèrement supérieure à celle des pommettes. Un ratio d’environ 1,05 à 1,10 constitue donc une zone cohérente.
À 1,00, les pommettes et le crâne ont pratiquement la même largeur. Autour de 1,05 à 1,10, le neurocrâne dépasse légèrement le visage. Au-delà d’environ 1,10 à 1,12, la partie supérieure de la tête devient particulièrement large par rapport aux pommettes.
Cette mesure est plus utile que la largeur absolue. Une tête de 155 mm n’est pas particulièrement large si le visage mesure lui-même 147 mm, alors qu’elle le paraîtra davantage sur un visage de 135 mm.
b. Largeur du front et des tempes
Le front doit être distingué de la largeur maximale du crâne.
La mesure utilisée est la largeur frontale minimale, ou distance frontotemporale-frontotemporale. Il faut chercher de chaque côté du front l’endroit où les tempes se resserrent le plus, approximativement au-dessus et légèrement à l’extérieur des sourcils.
On peut ensuite comparer cette mesure à la largeur maximale du crâne :
largeur frontotemporale ÷ largeur du crâne
Un rapport autour de 0,68 à 0,72 donne un front nettement plus étroit que les pariétaux sans créer un resserrement extrême.
On peut également le comparer à la largeur des pommettes :
largeur frontotemporale ÷ largeur bizygomatique
Un rapport d’environ 0,72 à 0,76 constitue un ordre de grandeur cohérent.
Un ratio beaucoup plus élevé produit une partie supérieure assez uniforme en largeur. Un ratio nettement plus faible produit au contraire des tempes étroites avec un élargissement important des pariétaux au-dessus.
La forme du front dépend toutefois aussi de sa géométrie. Un front plutôt carré possède des côtés relativement droits ou légèrement convergents, tandis qu’un front très arrondi rejoint plus progressivement les côtés du crâne.
c. Forme des pariétaux et du sommet
La largeur maximale du crâne se situe généralement au niveau des pariétaux. Leur forme détermine en grande partie le contour supérieur de la tête.
Lorsque les pariétaux ressortent fortement au-dessus de tempes étroites, la tête peut prendre une forme d’ampoule. Lorsque les côtés montent plus progressivement vers le sommet, la silhouette paraît plus régulière.
Le sommet du crâne doit également être observé séparément. Un contour équilibré monte progressivement depuis les côtés puis forme une courbe régulière autour du vertex.
Un sommet très étroit donne une forme plus pointue ou en ogive. Un sommet très plat associé à des côtés verticaux produit une forme plus rectangulaire.
Il n’existe pas de ratio simple suffisamment utile pour mesurer cette courbure. Une analyse précise demanderait plusieurs mesures transversales ou un scan 3D. Sur une photographie de face, le contour général reste donc plus informatif qu’un chiffre isolé.
3. Le front vu de profil
a. Projection du frontal
Le profil permet de voir non seulement la hauteur du front, mais aussi sa position d’avant en arrière.
Un frontal projeté place davantage de structure osseuse en avant de l’oreille. Les arcades supra-orbitaires, le front et le reste du visage semblent alors davantage appartenir à une même construction avancée.
À l’inverse, lorsque le frontal part rapidement vers l’arrière, une plus grande partie du volume crânien semble située derrière le visage.
C’est ce que l’on appelle souvent un front « forward grown ». Le terme n’a pas de définition anatomique officielle, mais il décrit assez bien une profondeur antérieure importante du crâne.
Cette projection ne possède pas de ratio simple et universel. Elle est mieux évaluée avec la profondeur antérieure totale du crâne, décrite plus loin avec le rapport entre nasion, tragus et occiput.
b. Inclinaison du front
L’inclinaison peut être mesurée assez facilement sur une photographie de profil.
On repère la glabelle, située entre les sourcils, puis le trichion, c’est-à-dire le point où la ligne médiane du front rencontre l’implantation des cheveux. On trace une ligne entre ces deux points, puis on compare cette ligne à la verticale lorsque la tête est positionnée dans le plan de Francfort.
Un front parfaitement vertical correspond à environ 0° de recul. Plus le haut du front part vers l’arrière, plus l’angle augmente.
Les valeurs varient selon la méthode exacte de mesure. Pour une analyse esthétique simple, environ 5 à 15° correspond à un front relativement droit à modérément incliné. Vers 15 à 20°, la pente devient plus visible. Au-delà, le front paraît franchement fuyant.
La pente ne doit pas être jugée seule. Une arcade supra-orbitaire projetée avec un front modérément incliné ne produit pas le même profil qu’un frontal entier situé très en retrait.
c. Glabelle et arcades supra-orbitaires
La glabelle est le point central saillant situé entre les sourcils. Les arcades supra-orbitaires s’étendent latéralement au-dessus des yeux.
Chez l’homme, ces structures sont en moyenne plus marquées et font partie des zones du frontal présentant le plus de dimorphisme sexuel.
Une projection suffisante donne davantage de relief à la transition entre les yeux et le front et augmente visuellement la profondeur des orbites.
Il est difficile d’exprimer cette caractéristique avec un ratio simple sans imagerie 3D. Sur une photographie de profil, on peut toutefois tracer une verticale passant par la partie supérieure du front puis regarder de combien la glabelle dépasse vers l’avant.
L’intérêt reste surtout qualitatif : une glabelle légèrement avancée par rapport au frontal produit un relief supra-orbitaire visible. Une glabelle pratiquement alignée avec le front produit une surface plus lisse.
4. La profondeur du crâne vue de profil
a. Profondeur antérieure et front/back ratio
L’un des éléments les plus importants du profil est la quantité de tête située devant l’oreille par rapport à la profondeur totale.
Pour la mesurer, on utilise trois repères : le nasion, le tragus et l’arrière du crâne.
Le nasion correspond à la racine du nez, au niveau de la jonction entre le frontal et les os nasaux. Sur une photographie, il se situe approximativement dans le creux entre les yeux et le haut du nez.
Le tragus est le petit relief situé devant le conduit auditif.
Le dernier point est le point le plus postérieur de l’occiput.
On mesure ensuite :
nasion → tragus
puis :
nasion → occiput
Le ratio est :
nasion-tragus ÷ nasion-occiput × 100
Par exemple, si la distance nasion-tragus mesure 110 pixels et la distance nasion-occiput 190 pixels :
110 ÷ 190 × 100 = 57,9 %
Une zone d’environ 55 à 60 % constitue le principal repère utilisé, avec environ 57 à 59 % comme valeur centrale.
Autour de 50 %, l’oreille se trouve plus proche du milieu de la profondeur totale. Plus le ratio descend, plus une grande partie de la tête est située derrière l’oreille. À l’inverse, un ratio supérieur à 60 % indique une profondeur antérieure particulièrement importante.
Ce ratio est beaucoup plus utile que la simple longueur totale de la tête. Deux personnes peuvent avoir exactement la même profondeur crânienne mais une répartition avant/arrière très différente.
Il faut utiliser un profil strict. Une légère rotation de la tête déplace visuellement le tragus et l’occiput et peut fausser la mesure.
b. Partie postérieure et occiput
L’occiput forme l’arrière du crâne. Il peut être relativement plat ou présenter une courbure plus développée.
Pour évaluer sa longueur, on peut simplement mesurer la distance horizontale entre le tragus et le point le plus postérieur du crâne.
Cette mesure prise seule apporte toutefois peu d’informations. Un occiput développé n’est pas nécessairement défavorable si le crâne possède également beaucoup de profondeur à l’avant.
Le front/back ratio reste donc plus intéressant.
Avec un ratio antérieur de 55 à 60 %, la partie située derrière le niveau du tragus représente grossièrement les 40 à 45 % restants de la profondeur générale.
Le problème apparaît surtout lorsque l’occiput constitue une grande partie de la profondeur totale alors que le frontal et la région antérieure sont courts. La tête paraît alors davantage développée vers l’arrière.
Un occiput légèrement arrondi peut au contraire s’intégrer normalement à un profil possédant une bonne profondeur antérieure.
5. La voûte crânienne
a. Position de la courbure
La voûte correspond à la transition entre le front et le sommet du crâne.
Un « high-set cranial vault » ne signifie pas simplement que la tête est haute. Cela signifie surtout que le front conserve sa direction vers le haut pendant une distance relativement importante avant de commencer à courber vers l’arrière.
À l’inverse, avec une voûte basse, cette courbure commence beaucoup plus tôt. Une partie importante du haut du front appartient alors déjà à la courbe supérieure du crâne.
La meilleure manière de l’observer consiste à utiliser un profil strict et à repérer le point où la ligne du front commence à changer nettement de direction vers l’arrière.
Plus ce point se situe haut, près de la ligne capillaire ou du sommet du frontal, plus la voûte peut être décrite comme haute. Lorsqu’il se situe nettement plus bas sur le front, elle paraît plus basse.
Il n’existe pas de ratio standard suffisamment établi pour justifier une valeur précise. Cette caractéristique est donc mieux décrite par la position relative de la courbure que par un chiffre arbitraire.
b. Longueur de la voûte
Il faut distinguer le point où commence la voûte de la longueur de la courbe qui mène ensuite au sommet et à l’arrière du crâne.
Une voûte courte produit un sommet relativement compact. Une voûte très longue étend davantage la courbure sur toute la partie supérieure de la tête.
Une combinaison souvent recherchée correspond à une courbure qui commence assez haut mais reste relativement courte. Le frontal conserve ainsi une surface antérieure importante avant de rejoindre le sommet, sans que toute la partie supérieure du crâne s’étire vers l’arrière.
Comme pour sa position, cette longueur est principalement évaluée visuellement. Une mesure précise demanderait de suivre plusieurs points de la courbe du crâne plutôt que de mesurer une simple distance droite.
6. La forme générale recherchée
a. De face
De face, la silhouette recherchée possède généralement un neurocrâne légèrement plus large que les pommettes, sans que les pariétaux deviennent disproportionnés.
Un ratio largeur du crâne / largeur bizygomatique autour de 1,05 à 1,10 constitue un bon repère.
Le front est plus étroit que la largeur maximale du crâne, avec un rapport frontotemporal / largeur crânienne autour de 0,68 à 0,72. Les tempes ne sont ni excessivement larges ni fortement resserrées.
Le sommet forme une courbe régulière et la hauteur reste proportionnée à la largeur, avec un ratio tragion-vertex / largeur du crâne autour de 0,80 à 0,86.
b. De profil
De profil, la profondeur antérieure constitue un élément central.
Un ratio nasion-tragus / nasion-occiput autour de 55 à 60 %, particulièrement vers 57 à 59 %, correspond à une importante partie de la profondeur placée en avant du niveau de l’oreille.
Le frontal reste relativement projeté et sa pente est faible à modérée. Une inclinaison approximative de 5 à 15° par rapport à la verticale correspond à un front relativement droit, tandis qu’une pente supérieure à 15 ou 20° devient beaucoup plus visible.
La glabelle et les arcades supra-orbitaires créent un relief à la base du front. La courbure de la voûte commence relativement haut et l’occiput ne représente pas une proportion excessive de la profondeur totale.
c. Le « warrior skull »
Le « warrior skull » peut finalement être compris comme une combinaison de ces différentes caractéristiques plutôt que comme un type anatomique distinct.
De face, il présente généralement un crâne légèrement plus large que les pommettes, un front structuré, des tempes suffisamment resserrées pour distinguer le frontal des pariétaux et une hauteur modérée.
Dans le plan horizontal, un indice céphalique autour de 75 à 80, souvent vers 77 à 79, donne une forme intermédiaire ou légèrement allongée.
De profil, le frontal possède suffisamment de profondeur, les arcades supra-orbitaires sont visibles, le front ne fuit pas fortement vers l’arrière et une proportion importante de la tête se trouve devant l’oreille. Un front/back ratio autour de 55 à 60 % résume assez bien cette caractéristique.
L’occiput peut être légèrement arrondi. Le point essentiel est qu’il ne concentre pas à lui seul une grande partie de la longueur de la tête.
7. Les mesures à retenir
a. Indice céphalique
Mesure : largeur maximale euryon-euryon ÷ longueur glabelle-opisthocranion × 100
Repères :
moins de 75 : crâne plutôt long et étroit
75 à 80 : crâne intermédiaire
plus de 80 : crâne plutôt court et large
Zone de référence esthétique : environ 77 à 79.
b. Largeur du crâne par rapport aux pommettes
Mesure : largeur euryon-euryon ÷ largeur zygion-zygion
Repère : environ 1,05 à 1,10.
Le crâne est donc approximativement 5 à 10 % plus large que les pommettes.
c. Largeur du front
Mesure : largeur frontotemporale ÷ largeur maximale du crâne
Repère : environ 0,68 à 0,72.
Par rapport aux pommettes : largeur frontotemporale ÷ largeur bizygomatique
Repère : environ 0,72 à 0,76.
d. Hauteur du neurocrâne
Mesure : hauteur tragion-vertex ÷ largeur maximale du crâne
Repère : environ 0,80 à 0,86.
Valeur centrale : environ 0,83.
e. Inclinaison du front
Mesure : angle entre la ligne glabelle-trichion et la verticale, tête positionnée dans le plan de Francfort.
Repère : environ 5 à 15° pour une pente faible à modérée.
Au-delà de 15 à 20°, le recul du front devient plus marqué.
f. Front/back ratio
Mesure : distance nasion-tragus ÷ distance nasion-occiput × 100
Repère : environ 55 à 60 %.
Valeur centrale utile : environ 57 à 59 %.
Parmi toutes ces mesures, les quatre plus informatives sont l’indice céphalique, le rapport entre largeur du crâne et largeur des pommettes, la hauteur relative du neurocrâne et le front/back ratio. Elles permettent déjà de décrire une grande partie de la forme générale du crâne.
